28/08/2017


                                                             L'autre

Ce matin, il était de très bonne humeur. De manière bien inusuelle, il prit le temps de petit-déjeuner copieusement. Il s'apprêta avec grand soin, en prenant tout son temps. Les funérailles de l'autre étaient programmées à 12h.
Son lourd manteau noir sur le dos, il fila en sifflotant vers sa dernière assignation avec l'autre. L'orage grondait, le ciel noir charbon ne laissait que peu de doute quand à la suite. Les nuages verseraient des larmes.
Les quelques personnes présentes ne lui prêtèrent guère attention quand il entra dans la petite chapelle. Il s'assit sur l'un des bancs de l'église, d'un froid hostile.
L'office alla bientôt démarrer.
La veille, il obtint lors d'un brève conciliabule avec le père qui allait officier la caution pour dire quelques mots pendant la cérémonie. 
L'autre méritait quand même bien un minimum de déférence.
Une bonne demi-heure s'écoula depuis le début des palabres religieuses, quand le père l'invita à se rendre à l'autel. 
Serein, presque détendu, il s'avança tranquillement et prit place. Scrutant rapidement l'assistance dont les quelques visages tordus du jour ne lui dirent finalement que peu, il se racla la gorge. 
« - Fiente : substances ou particules non assimilées et masse de bactéries du tube digestif expulsées par l'anus lors de la défécation accompagnée souvent de gaz. Si je prends soin de définir avec précision ce résidu corporel, c'est qu'il qualifie à merveille ce que tu était  à mes yeux : un gros paquet d'excrément ! Te voilà enfin couché dans ta caisse en bois, planqué cette fois-ci définitivement. Quand le téléphone a sonné, il y a trois jours pour m'annoncer ta mort, ma première réaction a été de me dire : Punaise, il aurait pu avoir la décence de trépasser en juin, on va se geler ! Tu aurais pu faire un petit effort et penser aux autres pour une fois. Mais autant attendre de la commisération de la part du diable... Tu nous réunis donc malgré toi dans ce lieu. Moi qui suis homme d'aucun culte, aujourd'hui j'ai envie d'avoir la foi. Oui, la foi en un monde de rédemption, d'apaisement et de salut pour les hommes. Je me dis peut-être naïvement alors, que toi tu n'y auras pas droit. Si Dieu est là, le diable sera ton hôte. Comment pourrait-il en être autrement ? Sincèrement, le bon sens m'interdit de ne pas m'y résoudre. À l'évidence, tu seras bien à ta place là-bas dans limbes, avec toutes les poubelles de l'humanité, tes semblables. Le pervers narcissique que tu fus, sera à n'en point d'outer s'accommoder de l'enfer qui t'attend. Les coeurs séchés, les âmes mortes, les bourreaux et autres monstres de cruautés se régaleront de tes mensonges, manipulations et minables coups bas. Tu jubileras dans cet abîme nauséabond, puisque l'amour, la morale, l'empathie et le bien commun n'avaient sens pour toi. Pour finir, je voudrais ajouter deux mots. Boris Vian a titré de manière volontairement outrancière un roman noir intitulé : J'irai cracher sur vos tombes. Sans vouloir le paraphraser et lui faire injuresache que de manière tout aussi provocante, et j'en ai fait le serment depuis longtemps,...  j'irai pisser sur la tienne ! »
Fort de cette semonce, il quitta l'estrade. L'assistance mortifiée, comme voulant rejoindre l'autre dans sa boîte, ne trouva mots. La tirade de l'inconnu coagula toutes protestations. 
Lui, après avoir glissé un mot d'excuse à l'oreille du prêtre qui l'air sévère resta de marbre, sortit de l'église par l'allée principale, la tête haute, droit comme un I. 
Aucun sentiment de triomphalisme ne l'animait, juste la satisfaction d'avoir enfoncé l'autre un plus dans sa funèbre boite en bois.
Dans la petite chapelle, il ne fit jamais fait aussi froid qu'en cet instant.

Deux heures passèrent. La pluie tombait dru martelant le sol, comme si le monde se lavait de ses mortes vomissures.
Après avoir bu une coupe de champagne à l'orée du cimetière, il était là, seul trempé face à l'autre dans son trou fraîchement recouvert, fumant avec délectation une cigarette.

Pour seule épitaphe, l'autre n'eut qu'un trait d'urine.

14/08/2017


                                                              Waax ( Georgio ) Live @T Vienne 
                                                                                                                  Les Autenthiks - Théâtre Antique

02/08/2017


   Obscured by Clouds

17/07/2017


                                                                La reine ( sans royaume )

" Vouloir c'est susciter les paradoxes ",  disait Albert Camus dans son essai Le Mythe de Sisyphe. Cette photo en est pour moi la parfaite illustration si j'ose dire.

Lyon, samedi 1er juillet. Les filles et moi avions posé nos peu de bagages dans l'appartement loué pour le weekend. L'aîné lui, était dans la file d'attente de l'Auditorium pour assister à la ZrT Trackmania Cup, une compétition très réputée de "gamer". La foule présente préfigurait sans équivoque de l'importance de l'événement annuel.
Le parc de la Tête d'Or étant concomitant de la cité international où nous avions élu demeure, nous décidâmes d'y aller avec appétit. 
Calé comme un prince dans mon fauteuil, ma femme en chauffeur de luxe et ma fille sautillante comme montée sur ressort, nous étions prêts. 
Nous partîmes tranquillement.
En ce premier jour de juillet, l'air était humide et le ciel chargé de gros nuages noirs cotonneux ressemblait plus à un avatar échappé d'un interstice d'octobre, gommant miraculeusement les chaleurs caniculaires des jours précédents et éteignant momentanément le soleil.

Bien qu'il fût très grand, le parc n'en est pas moins avantageusement arboré. Parmi d'autres, mais sûrement les plus remarquables, de magnifiques cèdres du Liban, reconnaissable à leur forme caractéristique nous accompagnèrent jusqu'au zoo, point central de notre promenade.
Zèbres, crocodiles, girafes et autres primates de toutes tailles ne manquèrent pas d'aiguiser notre acuité visuelle et la lentille de mon appareil photo.

Depuis tout petit, j'ai une fascination non cachée pour les félins en général et pour les lions en particulier. 
N'étant que peu enclin à démontrer que mon signe astrologique en soit une des raisons, l'extraordinaire beauté de l'animal, sa force singulière et son implacable férocité en sont des explications bien plus valables.
Si tant est bien sûr que l'on considère qu'il faille une justification à l'explication d'une émotion...

Après avoir passé un bon quart d'heure devant une magnifique Panthère de l'Amour et son regard saillant malgré la vitre qui nous séparait d'elle, l'écho du rugissement d'une lionne à n'en point douter,  nous interpella par sa vigueur.
Il nous rappela son rang, celui d'une reine !
Les quelques centaines de mètres qui nous séparaient de l'enclos du carnivore furent vite avalées.

Paisiblement allongée, fidèle à cette légendaire indolence que leur posture semble leur donner, elle était là. Je la devinais, maître de sa prison dorée, sans proie, sans danger, sans vie.

Là réside pour moi ce terrible paradoxe qui à chaque fois me tord le ventre. N'ayant jamais eu le privilège d'aller en Afrique subsaharienne pour m'en émerveiller, je suis contraint de seulement les contempler à travers des cages, des vitres et des enclos.
Autant dire une négation de la vie sauvage, un ersatz, une miette, une injure au bon sens et à l'essence même de l'existence de ces animaux.
Observer ces fauves sans royaume m'emplit donc d'une immense tristesse, mais je ne peux m'empêcher d'apprécier ce fabuleux spectacle.

Les lions font recette ! Il y à plus de deux mille ans, les Romains l'avaient bien noté... La foule amassée à l'orée du domaine trop petit du félidé en attestait si besoin était.
Avantageusement placé, après quelques instants d'attente, je bloquais les freins de mon fauteuil et me levai. 
Aussitôt un petit frisson traversa mes chairs. Le monstre me faisait face.
Loin d'avoir un regard acrimonieux, la lionne considérait cependant son auditoire avec insistance. Je la trouvais magnifique et majestueuse, une reine de beauté.

je regrettai quelques instants les seuls 105mm de ma focale et déclenchai néanmoins en rafale comme un furieux.
Nous restâmes un certain temps. Je n'usai plus mon âme dans ses contradictions anxiogènes, un doux sentiment de gratitude m'enveloppa, repoussant bien loin toute forme de procès.

Bien que le soleil fût toujours absent, un astre irradiât par sa seule beauté ce petit bout du monde.
En cette fin d'après-midi, là demeurait bien l'essentiel...

03/07/2017


                                                              Valdemar

19/06/2017


                                                            Guillerette

05/06/2017


                                     Encadrées # 4

29/05/2017


                                                                       “ Les convictions sont des prisons " Nietzsche

22/05/2017


    Le brocanteur

Dimanche: 10h01. 
La matinée filait comme souvent, toujours plus rapidement que désirée. L'heure palindrome qu'affichait mon ordinateur, outre sa singularité me conforta dans le fait qu'il était grand temps pour nous d'honorer notre agenda.
Nous avions convenu les filles et moi, avisés par un prospectus déniché je ne sais où, de nous rendre à un vide grenier que ledit papier promouvait avantageusement.

Une poignée de minutes plus loin, je garai notre voiture vert olive que le soleil inondait sans retenu, sur la dernière place réservée aux personnes étiquetées handicapées.
Nous pouvions commencer nos pérégrinations dans les méandres des stands qui s'offraient à nous.
Les divers objets exposés en vrac, ou religieusement agencés, aussi insignifiants fussent-ils pour certains eurent le mérite de me plonger dans une sorte d'hyperbole temporelle.
À l'heure de l'impression 3D et de la réalité augmentée, se voir côtoyer des casques de la Grande guerre et des vinyles de Claude François, est sinon surréaliste, assez remarquable !

Pendant que ma fille contentait son irrépressible et gargantuesque appétit pour la lecture, trouvant de-ci de-là  ( n'est-ce-pas M. Goliadkine ? ) mille trésors, j'aperçus non loin de nous, l'homme idéal photographiquement parlant.
Trônant magnifiquement sur son siège tel un empereur, il scrutait tout sourire les badauds déambulants.
Je sus immédiatement que ce monarque d'un jour se devait d'être immortalisé à minima numériquement tant son allure et sa prestance me parurent une offrande qu'il eut été criminel d'ignorer.
Fort de cet axiome et ne fût-ce que pour n'avoir jamais à regretter de pas avoir tenter d'y parvenir, je me dirigea vers mon inconnu.
La circonstance fit que le petit emplacement de mon futur modèle était orné de quelques livres.
Ma fille s'y précipita...
La transaction me facilita grandement la tâche. Je pus aisément lui faire part de ma requête. À ma grande satisfaction, j'eu droit à un blanc-seing.
Je lui demanda de reprendre place sur le siège qu'il avait quitté quelques instants auparavant.
De bonne grâce, il s'exécuta.
Quatre photos plus tard, je le remerciai chaleureusement pour s'être gentiment laissé photographier et le saluai. Lui, chevaleresque, me gratifia d'un dernier sourire.

De retour à la maison, je traitai mon portrait, tandis que ma fille, contemplait ses quinze nouveaux livres...

17/05/2017


                                                                 Encadré # 3