26/03/2018


                         Étoile filante


Je laissais mourir les minutes les unes après les autres, calé dans ma chaise, sans rien faire sinon laisser mon esprit s’engluer dans des considérations à plusieurs inconnues. 
L’aube avait déjà gommé les ténèbres de la nuit et englouti ses secrets qui, souvent l'accompagnent. La lumière cependant encore pudibonde conférait à la pièce un visage fantasmagorique comme un tableau dans la pénombre privée de semblance.

Le « dong » tonitruant du (re)-démarrage de mon Mac déchira le silence, me supplicia le coeur et interrompu mes élucubrations mentales.
La mise à jour de mon ordinateur enfin consommé, je pus me lancer dans les devoirs que je m’étais assigné la veille. 
Je pris licence pour apostropher par une épitre numérique le CH de Vienne, leur faisant part de ma stupéfaction pour ne pas dire de ma colère, que ledit hôpital soit dépourvu de banc pour s’assoir.
La résilience ne peux et ne doit se substituer au bon sens, à défaut, les croyances subordonneront toujours les faits. 
Nous savons malheureusement que trop bien à quelles extrémités cela peut mener.
L’ironie du sort voulu qu’ensuite, je commis deux, trois coups de téléphone pour finaliser mes prochains rendez-vous à l’hôpital...

J’eus loisir ensuite de me replonger dans ma lecture du moment. 
Absorbé depuis une bonne trentaine de pages par les mots d’Emile Brontë, j’alternais gorgées de café et bouffées de vapeur, quand elle vint m'interpeller tout sourire, pour quelque chose dont je l'avoue, j'ai oublié la nature.

L’espace d’un instant, je vis un astre qui me dilata la rétine !
Non un perdu aux confins de notre galaxie que le regard effleure sans vraiment le distinguer des autres, mais plutôt un soleil olympien régnant sur son système sans pareille.
J'eu aimé que cette seconde dure un siècle tant mon amour me brulait délicieusement le sang, éprouvant mon coeur de la plus douce des manières qu'il fut.

Je me gardai cependant de lui avouer ma subjugation, mais avais déjà pour dessein de la photographier.
Entreprise bien plus incommode qu’avant, tant ma belle se montre désormais rétive à être soumise aux caprices de mon objectif.
L’innocence de l’enfance étant souvent balayée par la rectitude de l’adolescence, je décidai d'être patient et prompt à agir si d’aventure une concorde se présentait.

Attablée dans le salon avec plusieurs livres de japonais précieusement disposés sur l'épais cercle de bois anthracite qui la supportait, ma fille s'adonnait avec un plaisir non feint à l'apprentissage délicat des Kana, confirmant un peu plus son appétence pour les langues étrangères.
Nous engageâmes alors la conversation qui glissa naturellement autour de ses exercices. Elle m'en expliqua leurs complexités et surtout leurs subtilités.
Je fus assez impressionné qu'elle en su déjà autant.
Enfin sans détour, je ne lui fit pas mystère de ma frustration de n'avoir pu faire son portrait depuis des mois et lui lâchât :

- Je peux te photographier ?

Sa réponse fut simple et limpide : 

- Oui !

J’obtins à ma grande surprise son assentiment sans aucune difficulté, sans laïus interminable pour trouver un consensus. 

Coiffée avantageusement d'un bonnet rouge à grosse maille qui laissait échapper les longues boucles dorées de sa chevelure, elle prit place face à la fenêtre qui diffusait une lumière douce et continue sur son visage.
Mon 85 mm sur mon boitier, installé sur le canapé, je me concentrai sur mon sujet.
Je fis une première photo pour parfaire mes réglages, j’ouvris à fond ( f/1.8 ), ramena les ISO à 200 et la vitesse à 1/100s.
Encline à mes demandes, son regard ne fut pas spécieux, mais doux et caressé d'une pointe de rêverie.
Je fis de mon mieux pour en saisir la substance, un fragment et tenter finalement de capturer une particule de son âme.
Une vingtaine de clichés plus tard, elle disparue avec ses livres telle une étoile filante, aussi vite qu’elle m’apparût quelques minutes auparavant.

Je ne put réprimer un mélange de fierté et de gratitude envers elle, laissant sans fard l'aliénation des liens du sang officier.  
Son simple don que d’aucuns pourraient considérer comme mineur, un pas grand chose ou un petit rien, pris pour moi sans doute possible, une valeur majeure.

Le dernier Waters diffusait à présent ses pépites, le soleil pourtant bien loin d'être à son zénith allumait le salon, les fantômes avaient fui depuis longtemps. 
Moi assis de nouveau sur ma chaise de bureau, la tête dans mes étoiles, un peu à la marge du monde, je savourai ce bonheur indicible d'être père.

7 commentaires:

  1. Elle est magnifique ta fille Pascal et très bien mise en lumière dans ce beau portrait monochrome.
    Les enfants et les ados font souvent des difficultés quand on veut les photographier et pourtant... leurs visages ont tant à dire.
    Bravo au modèle et au photographe et pour les bancs du CHU de Vienne, un petit coup de gueule n'est pas inutile de temps en temps. J'ai remarqué que les bancs manquaient dans beaucoup de lieux où l'on doit attendre...

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  2. Nathalie Rivière30 mars 2018 à 17:42

    A toi si Ravissante "Etoile Filante" j'adresse cet hymne à la Vie pour célébrer L'Amour Filae qui peut être si beau et si pur (même si pour moi il fut une lourde croix à porter)

    Je te souhaite de vivre autrement que les gens arrivés.
    je te souhaite de vivre la tête en bas et le cœur en l'air, les pieds dans tes rêves et les yeux pour l'entendre.
    Je te souhaite de vivre sans te laisser acheter par l'argent.
    Je te souhaite de vivre debout et habitée.
    Je te souhaite de vivre sans titre, sans étiquette, sans distinction, ne portant d'autre nom que l'Humain.
    Je te souhaite de vivre sans que tu aies rendu quelqu'un victime de toi-même.
    Je te souhaite de vivre sans suspecter ni condamner, même du bout des lèvres.
    Je te souhaite de vivre sans ironie, même contre toi-même.
    Je te souhaite de vivre dans un monde sans exclu, sans rejeté, sans méprisé, sans humilié, ni montré du doigt, ni excommunié.
    Je te souhaite de vivre dans un monde où chacun aura le droit de devenir ton frère et de se faire ton prochain.
    Un monde où personne ne sera rejeté du droit à la parole, du droit d'apprendre à lire et de savoir écrire.
    Je te souhaite de vivre dans un monde sans croisade, ni chasse aux sorcières.
    Je te souhaite de vivre libre, dans un monde libre, d'aller et de venir, d'entrer et de sortir, libre de parler librement dans toutes les églises, dans tous les partis, dans tous les journaux, à toutes les radios, à toutes les télévisions, à toutes les tribunes, à tous les congrès, à toutes les assemblées, dans toutes les usines, dans tous les bureaux, dans toutes les administrations.
    Je te souhaite de parler non pour être écoutée mais pour être comprise.
    Je te souhaite de vivre l'inespéré, c'est dire que je te souhaite de na pas réussir ta vie + Amen.

    Prière composée par le Père Jean DEBRUYNNE, que j'offre également à tous les enfants du monde qui peut-être un jour le lirons.

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    1. Oh!
      Voulant visité le joli blog de mon cher papa ,je tombe sur votre ... Si inattendu message bien adorable, plein de bonté ,de gentillesse et de douceur ! Merci beaucoup , énormément ,vraiment !
      de moi et tout les autres enfants du monde .
      ( je suis la fille sur la photo )

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  3. Quand la photo est un bonheur ! Superbe.

    Et j'avais reconnu le modèle ... ;o)
    Merci à vous 2.

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